La patrie 06

 La corruption

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La corruption gangrène la Ville de Montréal

Juge Lawrence John Cannon
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On s’en doutait depuis quelque temps déjà, mais la preuve est maintenant faite et elle semble irréfutable : le trafic d’influence n’est pas réservé au monde interlope. L’administration du maire de Montréal, Louis Payette, homme d’affaires prospère et échevin, semble être elle aussi coupable de malversations généralisées.

C’est du moins ce que révèle au grand jour l’enquête réclamée par le gouvernement du Québec et son premier ministre Lomer Gouin ainsi que par un comité de citoyens inquiets de l’inefficacité de la gestion des comités du conseil municipal. Cette toute première enquête royale de l’histoire de la ville de Montréal, présidée par le juge Lawrence John Cannon, s’est ouverte le 19 avril 1909.

Bilan des cinq mois d’audiences : 115 séances, 914 dépositions et 548 éléments de preuve. Le juge a complété la rédaction de son rapport le 13 décembre de cette même année et son verdict est clair : « L’administration des affaires de la Cité de Montréal, par son conseil depuis 1902, a été saturée de corruption provenant de la plaie du patronage. La majorité des échevins a administré les commissions et le conseil de manière à favoriser l’intérêt particulier de leurs parents et amis, auxquels on distribuait contrats et positions au détriment des intérêts généraux de la Cité et des contribuables. »1 Selon ce rapport, 25 % des revenus de la Ville, soit 5,2 millions de dollars, ont été détournés pour enrichir les proches des conseillers.

L’enquête Cannon porte sur l’ensemble des services municipaux de la Ville de Montréal et pour tous, les conclusions sont les mêmes : corruption, favoritisme et patronage y sont en vigueur. Mais cette enquête s’intéresse tout particulièrement à une organisation municipale, qui pourtant devrait être au-dessus de tout soupçon, celle de la police. Elle révèle que la prostitution à Montréal est tolérée depuis plus de trente ans déjà et que les policiers font preuve de laxisme envers les maisons de prostituées. Au cours des rares descentes qu’ils y effectuent, les clients ne sont pas inquiétés. Les tenancières et les filles, quant à elles, ne reçoivent qu’une légère amende.

Le rapport Cannon dénonce aussi un système de tolérance envers les maisons de jeux et les paris, ainsi que pour certains débits d’alcool qui ne respectent pas les règlements municipaux.

Les retombées politiques du rapport sont nombreuses. Elles entraînent une modification de la charte municipale de Montréal, avec une réduction du nombre d’échevins et la création du Bureau des Commissaires, ainsi qu’un changement d’administration.

Ces mesures seront-elles suffisantes pour enrayer, une fois pour toutes, la corruption à la Ville de Montréal??

 

1 Juge Lawrence Cannon, Rapport sur l’administration de la Ville de Montréal, décembre 1909, p.73-74


Sources :

  1. - Université de Montréal
  2. - Université de Sherbrooke
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